2016 - Auvergne - Plat de Résistance et Cantal

0000 Panorama AuvergneAuvergnedimanche 10 juillet 2016

par Jean-Paul Lamy

Obsession caniculaire

Mais quelle est donc cette recette auvergnate si efficace qui permet à Martine et à Jean-Pierre de nous concocter des sorties cantaliennes inattendues, toujours par un temps caniculaire ? Interrogés sur les clés de leur réussite, les organisateurs de cette belle sortie, en véritables artistes très professionnels, ont gardé tapis les secrets de leur art. Trois hypothèses sont donc à envisager.

  • Soit c’est le hasard qui leur réserve une météo favorable. N’ont-ils pas été dans la passé vendeurs d’espoirs et de désillusions, de loto et de tabac ?
  • Soit ils ne maîtrisent rien, c’est l’approche politique qui fait fureur aujourd’hui, en attendant qu’une chance aussi injuste qu’inespérée vole à leur secours,
  • Soit enfin, discrets et madrés comme on les connait, rien n’échappe à leur savoir-faire bien dissimulé, cachant un grand sens pratique et une solide expérience.

C’est sans aucun doute la troisième hypothèse qui est la bonne, le succès de la belle journée d’été est bien là pour le prouver. Bravo les organisateurs !

Sur l’aire du Cézallier

Je n’aime pas cette aire d’autoroute recommandée, sinon adulée par le Shérif. Certes, elle a une importance stratégique régionale : comment opérer la jonction opérationnelle avec nos amis de Parentignat sans les obliger à parcourir des kilomètres non productifs ? Mais cette haute stratégie se heurte à deux obstacles tactiques majeurs :

  • pas de station-service pour boire un café, acheter « La Montagne » et flâner entre les rayons pour tuer le temps,
  • des sanitaires peu engageants.

Les participants déjà sur place n’en reviennent pas. Il doit faire vraiment une canicule extraordinaire car Agnès a accepté de venir depuis le nord du département dans une voiture décapotée. Le réchauffement climatique permet l’ouverture.

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Jacques nous présente le jeune équipage à qui il a vendu sa belle Triumph GT6 écarlate. En bon commerçant, il assure avec brio le service après-vente, vantant les qualités de cette auto exceptionnelle. Apparemment, Marie fait preuve de moins d’enthousiasme, allez savoir pourquoi !

Mais qu’importe, l’heure tourne, le Shérif ausculte son chronomètre, mais le voilà rassuré. A neuf heures, trente minutes et sept secondes, la voiture de notre vénéré président pointe son capot à l’entrée de l’aire du Cézallier. Après quelques années de présidence, il maîtrise à la perfection l’art du buzz, technique aujourd’hui « classe ». En arrivant ainsi, à l’heure dite et en dernier, sa cote de popularité fait un bond spectaculaire. Qu’il ne vienne pas se plaindre s’il est réélu !

Au fil de l’Alagnon

Le convoi de nos dix voitures s’ébranle en direction du Basbory-de-Blesle. Connaissez-vous beaucoup de lieux-dits capables de revendiquer une appellation aussi snob ? Nous avons rendez-vous, mieux encore, à l’auberge du Scorpion où nous attendent notre petit déjeuner et nos amis du Cantal. Puis nous parcourons avec bonheur la route de la vallée de l’Alagnon, tout en courbes qui s’enchaînent à merveille. Elle est splendide, surtout sous les frondaisons qui nous protègent d’un soleil déjà agressif en ce début de matinée.

Pauvre Scorpion !

A peine arrivés, nous réorganisons sa terrasse, comme il est de coutume dans notre club. En ce début de saison, les tables sont déjà positionnées au soleil. Nous les réinstallons sous les auvents : « ici l’ombre ». N’oublions pas que la résistance est le thème de cette sortie estivale. Le café, le jus d’orange et les croissants sont bien là.

Mini road-book à l’heure d’été

L’heure est au breakfast et au briefing ! Jean-Pierre, notre leader maximo du jour, distribue un road-book ultra léger, dédicacé et fort sympathique. Il est minimaliste mais suffisant. C’est un véritable exploit, technique et économique. Accroche géniale, sa page de garde en laisse pantois plus d’un : quelle est donc cette auto rouge ?

Merci Jean-Pierre, pour la publicité faite au site internet du club. Il rappelle aux indécis que s’ils avaient consulté le site, comme tout bon curé lit son bréviaire, ils sauraient qu’il s’agit d’une « Swallow Doretti ». Elémentaire, mon cher Watson ! Allez donc sur le site découvrir la carrière surprenante de cette voiture confidentielle, une évolution de notre chère TR3, pleine de qualités techniques et à l’aventure romanesque.

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Le Shérif entreprend une inspection rigoureuse. Malheur à celui qui n’aurait pas sa plaque de rallye « Auvergne ». D’aucuns lui assurent qu’ils l’ont bien fixée, mais à l’intérieur du coffre. Devant tant de bonne foi, il renonce à utiliser le 49-3.

Seules les Triumph sont d’une fiabilité légendaire

Toutes les autos reprennent la route, ou presque. Mais qu’est devenu le fringuant Mustang de Ford ? Plutôt que de hennir, le bel étalon joue des castagnettes. Le Shérif, appelé à la rescousse, constate que la roue avant gauche est vraiment indépendante, ses écrous n’étant pas bloqués. L’affaire est réglée en un tour de vis, comme un arrêt au stand, bravo ! Nous aimerions connaître le garage défaillant, histoire de resserrer les boulons.

La Caravelle ne tourne plus que sur trois pattes, c’est une dure épreuve pour son équipage secoué jusqu’en fin de journée. Mais cahin-caha, hoquetant, et vibrant, elle navigue jusqu’à son retour au port d’attache.

Tous derrière et lui devant

Le convoi suit son leader, fort décontracté au volant de sa rutilante Triumph. Que j’aime sa couleur… café ! Il roule lentement, avec parfois des montées d’adrénaline, de rares pointes fulgurantes à cinquante-quatre kilomètre-heure, comme l’indique mon Coyote. Vigilants, sur le qui-vive, les suivants gardent par anticipation un pied sur le frein et par peur, un œil dans le rétroviseur. A ces allures, on ne sait jamais !

C’est sans doute enivré par cette vitesse de croisière inhabituelle que notre meneur de jeu se laisse abuser par un panneau jaune. S’agit-il d’une déviation routière ou intellectuelle ? Nous ne revendiquons pas le métier de psychanalyste, aussi suit-on sans hésiter le patron et nous retrouvons tous sur l’autoroute que par principe nous devions éviter. Sacré Jean-Pierre, il a vraiment le sens du raccourci ! S’ensuit, c’est la réalité, un presque conte de Perrault.

« Il était une fois… La petite serveuse de l’auberge, jolie et court-vêtue, passait par là, suivant une cohorte de carrosses d’antan. Elle s’inquiète de voir ces brillants équipages se fourvoyer. Ce ne pouvait être que ses futurs clients, riches et bedonnants, tristement perdus dans la forêt. Mais pourquoi ne suivent-ils pas la route balisée, les cailloux du Petit Poucet (l’inventeur du road-book) ? Non seulement ces généreux invités allaient s’exposer sur la route des migrations estivales, lieu de tous les dangers, mais ce qui est beaucoup plus grave, ils risquaient de ne pas trouver sa taverne. Que devrait-elle faire alors de ses jours et de ses nuits pour assurer honnêtement ses fins de mois ? Heureusement, la fable se termine bien. La gentille serveuse a conservé son emploi pour le plus grand bonheur de ses hôtes et, croit-on savoir, la morale serait sauve… ».

Le terme de notre étape, le viaduc de Garabit, ce géant d’acier, ne passe pas inaperçu. Notre chef, chef de file, nous conduit derechef en face du restaurant sur un terrain accidenté et peu ombragé, pompeusement appelé parking.

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Nous admirons tous le viaduc qui a dû faire à l’époque autant d’effet que son futur cousin de Millau. Mais pourquoi l’a-t-on repeint en rose, sans doute en raison d’une future Gay-Pride ! Ce pauvre Gustave Eiffel doit se retourner dans sa tombe en fer. En attendant, nous ne voyons pas passer un seul train.

La Martine dans ses œuvres

Excellent repas, à tous points de vue. On reconnait sans hésiter le choix épicurien de Jean-Pierre pour le menu, guidé sans l’ombre d’un doute par le savoir-faire professionnel de Martine. Chaud devant ! En ce dimanche d’été, le restaurant est plein et le niveau sonore est élevé, mais qu’importe, la qualité du repas fait l’unanimité. Inquiet par nature, Jean-Pierre est enfin rassuré, Martine respire.

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Tout sourire, la petite Cassandra se joint à nous, ayant convaincu ses heureux parents Svetlana et Jean-Yves de l’emmener en ce lieu festif. Merci d’initier, dès leur plus jeune âge, les futures générations de notre club !

Au cœur du maquis

Nous prenons le maquis en direction du Mont-Mouchet, un des haut-lieux de la résistance auvergnate. Montée dans des paysages sublimes, jusqu’à l’altitude du Puy-de-Dôme, puisque le Mont-Mouchet culmine aussi à 1.465 mètres.

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Nous découvrons l’environnement actuel de ce camp : pimpants camping-cars style « F3 traversant », salons de plein-air complets « douze convives », tendance « Nature et Découverte » dans les rares coins d’ombre accessibles. Quelle idée que de choisir un endroit de mémoire comme lieu de villégiature ?

Cette pratique sans retenue du camping tous terrains cohabite avec les tristes stèles des victimes de la barbarie nazie. La dignité et le respect s’estompent avec le temps. Nous visitons le musée de la résistance, qui ne présente pas la consistance attendue pour tous ceux qui se sont penchés sur ces terribles années.

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Pour l’occasion, Jean-Pierre a revêtu sa tenue de maquisard : short kaki camouflé, t-shirt « Kaporal », on est chef ou on ne l’est pas, casquette bien capelée. Seules sa voix de stentor et la fumée de son éternelle cigarette trahissent sa présence.

Michel nous fait découvrir les tiques professionnelles qui habitent les hautes herbes en été. Pour cela, comme tout bon évêque, il relève sa chemise et défait sa ceinture. Prudentes, ces dames restent dans l’expectative. La vue des traces des gentilles bestioles n’incite guère à faire des galipettes dans l’herbe.

Heureusement que nous sommes en altitude, car à l’extérieur la température est plus tropicale qu’européenne.

Villages au fond de la vallée

Qu’elles sont belles ces petites routes qui descendent des hauts-plateaux vers le fond de la vallée de l’Allier. Plus on descend, plus la température monte ! Mais quels paysages, quels panoramas ! Le soleil s’en donne à cœur joie. Nous sommes tous admiratifs devant l’élégance du bibi de ces dames. Quel art que d’arrimer leur élégant couvre-chef dans un cabriolet ouvert à tous les vents. Admirons ce savoir-faire, chapeau !

A Pinols, c’est jour de fête et la route traversant le petit bourg est barrée. Nous n’avons pas interprété assez tôt les nombreux signaux habilement disposés sur la route, à savoir le crottin des chevaux. Il nous faut contourner le centre du village en empruntant des passages plutôt étroits. Dommage, car le défilé de nos Triumph n’aurait pas dénaturé la fête, bien au contraire !

Pourquoi remontons-nous vers la grande route encombrée plutôt que de longer l’originale et pittoresque vallée de l’Allier, bordée de sites à couper le souffle ? On ne la saura jamais ! Il faut parfois réfuter les propositions d’un GPS privilégiant d’entrée le parcours le plus roulant, le plus court, le plus fréquenté, le plus rentable, bref celui qu’il faut savoir éviter, pour le plaisir….

Bien disciplinés, après une tentative de sécession aussitôt réprimandée, nous ne verrons ni La-Voute-Chilhac ni Saint-Ilpize, nous suivons le nouvel ouvreur qui a pris avec autorité la tête du convoi. Nous suivons donc la voiture du Shérif. Trois têtes dépassent : Madame, Monsieur et la chienne au centre. Que c’est « toutouchant » !

Pot de détente

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C’est à Vieille-Brioude que nous pouvons enfin nous rafraîchir, au bistrot « Le Val d’Allier ». Comme il est dorénavant de tradition, nous réaménageons la terrasse. Marcel a bien amené son accordéon, je l’ai entraperçu, tapi dans le coffre de la TR6. Il m’a demandé de rester discret, mais je suis sûr qu’il attendait d’être plébiscité pour nous interpréter des valses musette des années folles. Encore une occasion festive manquée et le piano à bretelles est resté caché.

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Les sportifs de canapé, afficionados du Tour de France, ont les yeux rivés sur l’écran télé qui montre qu’il pleut à torrent dans les Pyrénées. Ils sont en pâmoison devant leurs idoles, dévalant les cols pyrénéens sans pneus pluie. Grand bien leur fasse, vive la sélection naturelle !

D’autres moins intrépides comme moi, ont adopté l’hygiène de vie de cet excellent Churchill : « No Sport ». Il a su vivre longtemps, son éternel cigare aux lèvres, buvant un bon verre avec modération, parfois avec quelqu’un d’autre.

A très bientôt

Merci Martine et Jean-Pierre pour ces chauds et bons moments. On compte sur vous pour une prochaine sortie, c’est comme ça qu’on les aime, c’est comme ça qu’on vous aime !

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